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Patricia Le Hardÿ

Après des Humanités gréco-latines et des études à l’Ecole Normale et à l’Institut des Hautes Etudes de Communications Sociales, de 1975 à 2001, j’ai été enseignante en français-histoire et journaliste (Le Vif l’Express, Le Soir, Gaël, Paris-Match…) de rubriques de Voyage, Culture, Société, Psychologie, Développement personnel, Santé.

Je me suis depuis formée à l’animation d’atelier d’écriture littéraire, créative et autobiographique ainsi qu’au Journal Créatif, aux Pratiques Narratives, à la Psychogénéalogie et à la Médiation orientée vers les talents et les solutions.

Mon histoire personnelle, mon goût de la recherche et ma grande curiosité m’ont amenée à étudier diverses approches. Réunies, celles-ci font de l’Atelier des MOTS un lieu unique où le travail d’exploration s’ancre dans la littérature, l’écriture, la parole, le travail artistique et l’être profond.

Ces Outils sont : la Gestion des émotions, le Dialogue intérieur, les Jeux de rôle, le Kasala ou Art de l’éloge de soi et de l’autre, la Graphothérapie, les Contes et métaphores thérapeutiques, le Dessin cerveau droit, le Crayonnage en miroir, le Brain Gym, les huiles essentielles, le Tarot de Marseille, la Numérologie…

Une histoire de vie

Ils étaient mineurs, elles étaient servantes. Et analphabètes. Je n’ai pas connu mes grands-pères et grands-mères, si ce n’est au travers du chagrin de parents-orphelins qui ont transmis au berceau le goût de l’absence en même temps que la volonté de remplir le vide.

J’ai appris à lire dès l’âge de 4 ans et me suis nourrie de livres et de récits. Suis entrée à l’Institut des Hautes Etudes de Communications Sociales, section presse, à 17 ans et sortie de l’Ecole Normale, enseignante en français-histoire à 23. J’ai donné cours, un peu. J’ai voyagé, rencontré, interviewé, écrit, beaucoup.

C’était dur, je veux dire, trouver les mots justes, donner du rythme, du style, du sens. Un jour, j’ai eu 50 ans et j’ai pris mes distances pour faire connaissance de la femme qui se cachait derrière la carte de presse. J’ai écrit des rivières et passé les frontières de pays nouveaux. Au début, je ne savais pas que je rentrais en enfance, au temps où je n’avais pas les mots.

J’explorais un paysage de vallées sombres, de presqu’îles sauvages, de sommets enneigés, c’était intensément mouvant, et émouvant. Je me suis souvenue de la terre africaine, des méandres du fleuve Congo à l’embouchure duquel je suis née, le cordon par deux fois enroulé autour du cou. De M’Bandaka, capitale équatoriale où mon frère jumeau gît sans sépulture.

Quand je l’ai su, je l’ai nommé et je lui ai écrit. C’était un 17 mai, le jour de la Saint-Pascal, alors je l’ai appelé Pascal. C’était mon petit pas en avant, le début de ma sortie d’Egypte, nouvelle-née que le non-dit, l’innommable, avait étranglé avant d’hurler son premier cri.

Quelle rage, ou quelle mémoire de la douceur de vivre, pousse à voir le jour quand même, et à croître dans le secret, malgré les mensonges, faux-semblants, dénis qui servent de tuteurs ? Navigatrice dans l’âme, j’ai repris la route maritime et mis le cap sur la Sambre et un autre pays noir, celui de Charleroi, celui de Louis et Marie-Rosalie, Pierre et Augustine, François et Juliette, Ambroise et Marie, Narcisse et Adolphine, François et Hortense, Jean-Baptiste et Victorine...

Quel étrange pouvoir que le vôtre, vous dont je suis issue et qui n’êtes pourtant plus de ce monde. Aux archives, comme pour vous donner la main, mes doigts ont touché le papier parchemin où vos noms étaient couchés. C’est là que j’ai lu, de la plume de l’officier d’état civil, que vous ne saviez pas écrire et faute de vous prendre sur mon cœur, il s’est serré.

Vous n’aviez laissé aucune trace. Pas même une tache d’encre, une croix. Vous les damnés de la terre, que la mort a arraché, usés et pâles, dans la force de l’âge, des tendres bras de vos épouses et de vos enfants.

Tandis que moi, votre descendante, j’aurai lutté contre la page blanche comme si j’avais creusé les galeries et pioché mes veines ; j’aurai cherché l’inspiration dans mon tréfonds, comme s’il avait pu être un puits de poésie ou de science ; comme s’il m’avait été donné la force d’extraire des pépites inédites de mes entrailles puis, d’en faire un grand feu nourricier, une flamme vibrante, un élan qui console et ré enchante le démuni, le fragile, le malheureux.

Je suis le démuni, le fragile, le malheureux. Je suis la prisonnière du puits. Et vous qui m’avez faite terre ; vous que j’honore en menant une vie souterraine et secrète, rendez-moi à l’air, au vent, au souffle qui ondule par-dessus les champs, les villes, les arbres, les têtes et qui sait caresser de sa tendresse la peau.

Là où vous êtes, mes chers disparus, vous le savez, vous, n’est-ce pas ?, que les mots ne sont pas des diamants noirs et qu’ils ne doivent pas naître dans la douleur, extirpés du creux de l’intime. Que le corps de l’homme est aussi vaste que le jardin de l’univers et les mots, des lettres qui éclosent là où les bourgeons percent l’écorce.

Ce sont des enfants libres qui écrivent les livres. Pas des enfants-soldats mais des affranchis de l’enfer de la répétition, habités par le rêve de la sève, et qui grimpent dans les branches, font des cabanes suspendues, jouent à la balançoire et se reposent au pied d’un arbre en regardant une araignée tisser sa toile.

Araignée, Fileuse, Créatrice de monde. Il y a très longtemps, tu as donné à l’homme la vision de l’alphabet afin que se manifeste Ton rêve.

Depuis, nous sommes en apprentissage. Tantôt englués dans le drame, tantôt funambules, sur le fil de Soi.

Araignée du soir, Espoir, tu invites tes fils et filles à entrelacer chaque matin les fils de leur trame avec les fils de chaîne du métier cosmique.

Et la navette va-et-vient, passe dans le pas comme si, dans ce mouvement incessant, horizontal et vertical, la terre rencontrait le ciel, le passé le présent, le masculin le féminin.

Réunion des contraires, croisement de mots, crucifixion des croisades au nom d’une identité qui se croyait fixe, promesse de renouveau. Bonne Nouvelle !

Et nous, Humains, qui sommes de l’étoffe des héros, nous nous libérons peu à peu de notre armure, redevenons poussière d’étoile, page blanche, fragment unique, texte singulier, livre inédit.

Notre langue fraternelle murmure à nos oreilles et nos mains de bâtisseurs se rappellent. Ensemble, elles commencent à raconter le précieux , l’inouï, de la Vie. Alors, courageusement, pour la beauté du monde, nous osons nous ré inventer.

Patricia Le Hardÿ

 

Photo panoramique de Bruxelles
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